PENSEZ-Y ! Une introduction aux Industrial Workers of the World (IWW)

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« Pensez-y » (en anglais « Think it over ! ») est une brochure introductive au syndicalisme des Industrial Workers of the World (IWW). Cette version a été traduite et adaptée par l'IWW Bruxelles.

Seconde Edition, 2021

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1. Préambule de la Constitution de l’Industrial Workers of the World (IWW)

La classe travailleuse et la classe patronale n’ont rien en commun. Aucune paix ne sera possible tant et aussi longtemps que la faim et la misère accableront des millions de travailleuses et travailleurs tandis que la minorité́ que constitue la classe patronale s’arrogera toutes les bonnes choses de la vie.

La lutte entre ces deux classes doit durer jusqu’à ce que les travailleurs et travailleuses du monde parviennent à s’organiser en tant que classe, à s’emparer des moyens de production, à abolir le salariat et à vivre en harmonie avec la terre.

Nous considérons que la concentration de la gestion des industries dans les mains d’un nombre de plus en plus restreint de possédants rend la pratique du syndicalisme corporatif inapte à faire face au pouvoir croissant des patrons. Le syndicalisme corporatif favorise une dynamique d’opposition entre différents groupes de travailleur·ses au sein d’une même industrie, contribuant ainsi à la défaite mutuelle dans la guerre des salaires. De plus, le syndicalisme corporatif aide la classe patronale à induire les travailleur·ses en erreur en leur faisant croire que la classe travailleuse a des intérêts communs avec les patrons.

Ces conditions peuvent être changées : les intérêts de la classe travailleuse ne peuvent être servis que par une organisation constituée de telle manière que l’ensemble des membres d’une industrie donnée, ou de l’ensemble des industries si nécessaire, cessent de travailler aussitôt qu’une grève ou qu’un « lock-out» est déclaré́ dans n’importe lequel des services ou établissements concernés. Ainsi, affronter l’un ou l’une d’entre nous, c’est nous affronter tous et toutes.

Au slogan conservateur « À travail égal, salaire égal ! » nos bannières doivent opposer le mot d’ordre révolutionnaire « À bas le salariat ! ».

La mission historique de la classe travailleuse est de supprimer le capitalisme. L’armée de la production doit s’organiser non seulement en vue de la lutte quotidienne contre les capitalistes, mais également de façon à maintenir la production lorsque le capitalisme aura été́ renversé. En nous organisant à l’échelle des industries, nous jetons les bases d’une société́ nouvelle à l’intérieur même de l’ancienne.

2. La solidarité

Les travailleur·ses n'ont qu'une seule véritable option dans l'économie actuelle. Nous devons résister, de toutes nos forces, au programme des grandes entreprises qui vise à accentuer la pauvreté de notre classe. Pour la première fois dans l'histoire récente, les profits augmentent tandis que les salaires et les allocations sociales ne cessent de diminuer. Dans le passé, les deux étaient toujours liés, même si c'était de manière inégale. Aujourd'hui, la donne a changé. Si nous ne nous opposons pas à cette offensive, l'avenir nous réserve une précarisation accrue.

Nous n'avons qu'un seul espoir; celui de repousser ce raz-de-marée de misère. Cet espoir, cet outil, c'est la solidarité. Chaque travailleur·se doit défendre tou·te·s les autres travailleur·ses, peu importe où on vit ou d'où on vient, nous devons être solidaires. Chaque défaite d'un·e travailleur·se est une défaite pour nous tou·te·s, et chaque victoire d'une partie de la classe laborieuse est une victoire pour nous tou·te·s. Nous devons être solidaires. Nous devons tendre la main par-delà les frontières et les mers. Nous devons soutenir la lutte de chaque travailleur·se comme s'il s'agissait de la nôtre, car c'est exactement ce qu'elle est. Ensemble, nous pouvons gagner. Ensemble, nous pouvons faire de ce monde un meilleur endroit où vivre, où élever nos enfants, où passer nos vieux jours.

3. L'action directe fait ses preuves

L'action directe peut être définie comme l'utilisation de tout outil, tactique ou stratégie que vous pouvez contrôler vous-même. Il s'agit d'utiliser des tactiques qui s'attaquent directement à votre problème. Elle est directe et simple et vous pouvez lui faire confiance. Elle réussit ou échoue en fonction de la qualité de votre idée, de la force avec laquelle elle est appliquée et de son adéquation à la situation.

Voter pour des représentant·es qui promettent de régler vos problèmes à votre place ne constitue pas une action directe. Faire grève, ralentir le travail, rester les bras croiser sont des actions directes. Manifester symboliquement dans le but de faire parler de soi dans la presse, dans l'espoir d'obtenir du soutien ou de la sympathie pour sa cause, n'est pas une action directe, quelle que soit la tactique utilisée pour manifester. Participer à piquet de grève avec un·e collègue d'un autre syndicat, d'une autre entreprise, d'une autre nation, c'est de l'action directe. Il suffit d'un bref regard sur l'histoire pour constater que ce qui nous est donné peut nous être retiré. Les seuls acquis que nous pouvons espérer conserver sont ceux que nous prenons et défendons de nos propres mains et de notre propre cœur. Les miettes qui nous sont jetées de temps à autre par les riches et leurs gouvernements sont toujours reprises.

Les gouvernements servent les intérêts de la classe dirigeante et il en sera toujours ainsi. La seule chose que nous pouvons éventuellement espérer des gouvernements, c’est un changement de législation de temps en temps, pour nous embrouiller et affaiblir notre détermination. L'action directe et la solidarité sont synonymes de victoire. Les seules tactiques de lutte et de défense auxquelles nous pouvons faire confiance sont celles que nous, les travailleur·ses, contrôlons. L'action directe permet d'obtenir des résultats. Pour nous défendre, nous devons nous unir et nous battre pour nous-mêmes.

4. Chaque travailleur·se a besoin d’un syndicat

Ces dernières années, le nombre de syndiqué·es n'a cessé de diminuer en raison des attaques antisyndicales, des tactiques patronales sournoises et souvent illégales, mais aussi d'une méconnaissance générale de ce que sont les syndicats.

Néanmoins, la nécessité d'une organisation de classe demeure, afin de défendre et de promouvoir les intérêts des travailleurs·ses sur leur lieu de travail. On appelle cela un syndicat. Nous en avons besoin. Personne ne nous défendra. Les partis politiques courtisent nos votes et nos dons, mais c'est le fric qui commande, et pour l'instant, ce sont les patrons qui ont l'argent. Ce sont eux qui mènent la danse en politique. Notre seule option est un syndicat.

Nous devons construire ce syndicat de la bonne manière. Nous devons les construire de manière à ce que nous puissions les contrôler, y placer notre confiance, afin qu'il serve uniquement nos intérêts, et non ceux des patrons, des bureaucrates et des politicards. Cela signifie une démocratie syndicale. Cela signifie des mandaté·es élu·es et révocables qui rendent compte directement à la base. Cela signifie que toutes les décisions importantes sont prises directement par les membres. Cela signifie que, toute action ou grève est contrôlé et géré par les travailleurs·ses elles et eux-mêmes. Cela signifie que les questions financières sont entièrement transparentes et que les membres contrôlent les finances du syndicat.

Cela signifie qu'il faut faire les choses très différemment de ce qui se font les syndicats traditionnels. Cela signifie qu'il faut faire les choses telles nous les faisons au sein de l'IWW, l'Industrial Workers of the World.

5. La démocratie syndicale

Les syndicats auxquels la plupart des travailleurs·ses appartiennent aujourd'hui (lorsqu'ils et elles sont affilié·es à un syndicat) ont renoncé à la démocratie qui a été à l'origine de la création du mouvement syndical. La plupart des responsables sont nommé·es, et non élu·es. Les négociations se déroulent à huis clos et ne sont soumises qu'à l'approbation de la base. Les dirigeant·es syndicaux sont nommé·es à vie et ne sont jamais confronté·es à la possibilité de retourner dans les entreprises, si tant est qu'ils et elles y soient déjà allés.

Dès lors, faut-il s'étonner que le nombre de syndiqué·es soit en baisse et que la confiance des travailleur·ses dans les directions syndicales soit très faible ? Est-il surprenant que nous perdions les acquis pour lesquels nous nous sommes battu·es ces dernières années ?

Pour nous défendre et défendre nos proches, nous devons nous regrouper au sein de syndicats. Nous avons besoin de notre force collective pour faire face aux riches et à leur gouvernement. Nous avons besoin du syndicat, mais le syndicat dont nous avons besoin est un syndicalisme démocratique. Sinon, comment pourrait-il défendre nos besoins et non ceux de nos employeurs ? Sinon, comment pourrons-nous contrôler nos propres luttes, définir nos propres objectifs et nos propres problèmes ?

Nous avons besoin d'un syndicat démocratique, d'un contrôle par la base et d'une démocratie directe sur le terrain pour livrer nos combats. Aucun bureaucrate syndical n'a jamais défendu les travailleur·ses, et aucun ne le fera jamais. Nous devons nous défendre nous-mêmes, ensemble, dans un syndicat démocratique. Si nous ne pouvons pas contrôler notre syndicat et ses instances, nous ne pourrons pas leur faire confiance. C'est aussi simple que cela.

6. Etre membre des IWW c’est être un·e organisateur·ice

La valeur essentielle d'un syndicat réside dans ce qu'il peut accomplir. Ce qu'il peut faire pour nous et pour notre classe dans son ensemble. Ce que vous pouvez faire avec lui. Comment vous pouvez vous en servir pour faire ce que vous avez besoin de faire. Il est donc question d'action.

Lorsque nous nous rassemblons sur le lieu de travail pour résoudre nos problèmes communs avec la force partagée de notre action collective, nous faisons quelque chose. Nous ne nous contentons pas d'en parler, même si c'est un premier pas, que nous ne cherchons pas à en faire publicité et à nous donner en spectacle, même si ces éléments peuvent être utiles à leur manière. Nous agissons.

Etre un·e Wobbly[1] n'est pas quelque chose que l'on est mais quelque chose que l'on fait, en organisant nos lieux de travail (et en définitive, la classe travailleuse), et en créant un avenir où la classe possédante n'aura plus d'emprise sur les travailleurs[2]. Ce travail d’organisation commence lorsque l’on se réuni avec nos collègues pour résoudre les problèmes sur notre lieu de travail par des moyens directs.

Résoudre des problèmes sur son lieu de travail, ça arrive tout le temps, partout. C'est un aspect incontournable de la vie quotidienne au travail. Vous pouvez le faire aussi. Vous et vos collègues, dans le cadre de votre travail, pouvez faire évoluer la situation pour l'améliorer. Il s’agit de (re)prendre et maintenir le contrôle sur notre travail, pour notre sécurité et notre santé, pour garantir une bonne rémunération en échange de notre temps, pour notre plaisir et notre avantage, et pour nous soulager de l'ennui et de la solitude au travail dans ce monde moderne.

La clé d'une bonne résolution de problème passe par le syndicat. Il s'agit du petit « U » de s'Unir ou de s’encoUrager, qui signifie la coopération et l'effort concerté entre collègues de travail, des personnes ayant les mêmes besoins et les mêmes conditions – les personnes avec lesquelles vous travaillez jour après jour.

Seul·es, nous sommes faibles et inefficaces. Ensemble, nous avons un pouvoir impressionnant. Il nous suffit d'organiser ce pouvoir et de l'exercer, pour notre bien commun, afin de rendre ce monde meilleur. Ensemble, nous pouvons gagner. Il nous suffit de le faire. Agissons maintenant.

7. La classe travailleuse et la classe patronale n’ont rien en commun

« La classe travailleuse et la classe employeuse n'ont rien en commun« , dit le préambule de la constitution de l'IWW. C'est la base de notre approche des relations de travail et du syndicalisme. Examinons cette déclaration un instant.

Cela ne signifie pas que les travailleur·ses et les patrons sont une espèce différente, qu'ils et elles ne respirent pas le même air pollué et ne boivent pas la même eau, même si l'air et l'eau d'un quartier populaire peuvent être beaucoup plus sales que dans les beaux quartiers. Cela signifie que les deux classes sont en opposition par leur nature même.

Ce qui est bon pour les patrons – à savoir une main-d'œuvre bon marché, parfaitement contrôlée et passive – ne convient pas aux travailleur·ses. Ce qui est bon pour les travailleur·ses – à savoir un contrôle maximal sur le tâches, les conditions, les objectifs et les méthodes de travail, et une rémunération maximale pour notre précieux temps – est mortel pour les patrons qui s’y opposeront bec et ongles. Il n'y a rien de personnel, pas plus qu'un lion ne hait une gazelle, c'est juste une inimitié économique naturelle et impersonnelle qui ne peut être évitée ou ignorée sans risque. C'est le principe qui régit notre vie, celle des capitalistes comme celle des travailleur·se.

Si un patron devient trop copain avec les travailleur·ses et essaie d'être leur ami, l'entreprise en souffrira. Si le ou la travailleur·ses devient trop ami·e avec le patron, iel sera encore plus facilement exploité·e et trahi·e. Des ennemis naturels sur le plan impersonnel de l'économie. Vous pouvez faire partie du même club de sport ou fréquenter le même café, mais vous ne pouvez pas défendre longtemps les intérêts de l'autre sans mettre en danger les vôtres. C'est assez simple et évident pour tout·e travailleur·ses qui observe la vie quotidienne. Les patrons intelligents ne l'oublient jamais. Ce n'est un secret pour personne: juste une question de pragmatisme et de bon sens.

Ce que notre slogan signifie en termes de syndicalisme est très radical, à savoir qu'il est orienté vers la cause première et les solutions. Il implique une solidarité de classe. Tou·te·s les travailleur·ses ont les mêmes intérêts et le même ennemi de classe. Il implique la démocratie syndicale. Nous sommes dans le même bateau, et seul un véritable contrôle de la base peut guider le syndicat de manière stable et fiable. Les seul·es en qui nous pouvons avoir confiance sont nous-mêmes, et un syndicat que nous ne contrôlons pas directement représente un danger très réel pour nos intérêts.

Notre slogan implique une lutte des classes permanente, car il illustre un combat qui doit être gagné pour arriver à son terme. Nous devons nous battre bec et ongles pour défendre nos intérêts et notre sécurité. C'est la guerre, camarades travailleur·ses, et aussi laide soit-elle, nous sommes coincés avec elle et ne pouvons aller de l'avant qu'en nous organisant correctement et en menant le bon combat.

La classe travailleuse et la classe patronale n'ont rien en commun. C'est une vérité de bon sens évidente, et nous ne pouvons pas nous permettre de l'ignorer.

8. Le droit du travail en quelques mots

 Le droit du travail est une discipline universitaire dans laquelle il est possible d'obtenir un doctorat et, éventuellement, de mener une carrière lucrative. Vous pourriez acheter une voiture chaque année, vivre dans une belle maison et envoyer vos enfants dans de prestigieuses universités. Bien sûr, vous n'auriez pas grand-chose en commun avec les clients que vous défendez à longueur de journée. Il s'agit d'une profession spécifique, bien rémunérée.

Ne vous méprenez pas. Nous apprécions nos avocats. Nous voulons qu'iels soient compétent·es et qu'iels connaissent toutes les particularités du droit du travail. Nous n'avons pas nécessairement besoin de faire des études de droit, mais nous devons comprendre les bases du droit du travail et la manière dont il affecte notre vie quotidienne au travail, et ainsi anticiper les tours de passe-passe juridiques des patrons.

Voici le droit du travail en quelques mots. Les lois sont mises en place par les patrons, leurs gouvernements et leurs tribunaux pour empêcher les travailleur·ses de se battre efficacement pour leur part du gâteau, de peur qu'un jour, iels ne soient en mesure de tout prendre. C'est à peu près tout. L'idée de base de la « législation du travail » est que la partie est perdue d'avance. Les règles semblent bonnes sur le papier, mais elles ne s'appliquent pas vraiment à vos patrons. Vous devez attendre, mais ils peuvent obtenir un jugement rapide au tribunal. Vous devez vous limiter à certaines activités légales, mais les patrons peuvent faire à peu près n'importe quoi et s'en tirer à bon compte. Leurs avocats sont plus importants que les nôtres, à chaque fois, parce qu'ils coûtent plus cher.

Surpris·e ? Eh bien, les décisions économiques ne sont pas prises démocratiquement, bien qu'elles sous-tendent toutes les autres décisions que nous prenons. La circulation de l'argent, des produits, des services, de la nourriture, du logement, des soins médicaux et des vacances relève de l'autre système de prise de décision. Vous pouvez appeler ça le capitalisme, le « gouvernement des entreprises », le « business » ou tout ce que vous voulez, mais ce n'est pas le gouvernement du peuple.

Le droit du travail est soumis à l'influence des intérêts des grandes entreprises au sein du gouvernement et du système judiciaire. Or, nous ne devrions pas laisser le patron définir les règles du jeu et prendre toutes les décisions.

Il s'agit d'un combat et vous devez vous défendre du mieux que vous pouvez. Surveillez vos arrières, utilisez votre créativité et surtout l'aide de vos collègues, ainsi que toutes les stratégies, tactiques et idées astucieuses dont vous disposez. Si vous les laissez définir le terrain de bataille et établir les règles, vous n'avez tout simplement aucune chance de gagner. C'est aussi simple que cela. Voilà, cher·es collègues, ce qu'est le droit du travail en quelques mots.

Le droit du travail formel, reconnu par le gouvernement, n'est pas la seule façon de procéder, ni la seule solution à nos problèmes collectifs. Consultez l'IWW. Pensez-y, rejoignez votre syndicat de classe et luttez pour le produit intégral de votre travail, en utilisant le syndicalisme de solidarité – la méthode de l’IWW. C'est notre méthode. Nous faisons le travail. Nous fabriquons les produits et les transportons. En fait, nous pourrions contrôler l'économie. Si nous nous organisons démocratiquement pour défendre nos propres intérêts, nous pouvons partager la richesse que nous produisons déjà.

9. Nous n’oublions jamais

« Nous n'oublions jamais ». C'est ce que l'on peut lire sur de vieux autocollants et affiches de l'IWW, en particulier celles des années 1920, lorsque les prisons américaines abritaient encore des centaines de nos membres accusé·es de « syndicalisme criminel », de sabotage et de sédition. De toute évidence, ce slogan signifiait que nous n'abandonnerions jamais nos camarades jusqu'à ce qu'iels puissent à nouveau être libres. Et, à notre honneur, nous ne les avons jamais abandonné·es.

Nous avons continué à faire tout ce qui était en notre pouvoir pour libérer nos camarades, prisonnier·es de la guerre de classes qui faisait rage autrefois. Mais le slogan a une autre signification, plus profonde et plus poignante encore aujourd'hui. Il s'agit de ce que Bruce « Utah » Phillips[3] appelait « la mémoire longue », et qu'il décrivait comme notre arme la plus dangereuse et notre meilleur outil.

Nous nous souvenons des vieilles histoires, de leurs victoires et de leurs défaites. Ces histoires contiennent des vérités immuables, des exemples de la manière dont la classe ouvrière a fait face à un plus haut niveau de lutte, à des problèmes plus aigus, à des coups plus violents. Nous ne devons pas imiter ces anciennes actions ou les considérer comme des modèles à suivre avec une fidélité absolue. Ce serait insensé. Mais les leçons essentielles sur la façon dont les membres de l’IWW d'il y a un siècle considéraient les problèmes auxquels ils et elles étaient confronté·es, sur la façon dont ils et elles appliquaient les principes et les connaissances issus de leurs multiples luttes et de leurs nombreuses batailles, et surtout sur les erreurs qu'ils et elles commettaient, voilà l'or qu'il nous faut extraire et affiner.

Les temps ont changé, mais l'essentiel demeure. La guerre de classes fait toujours rage. La même folie pousse toujours nos ennemis de classe à la destruction aveugle de tout ce qui les entoure. Le même danger et le même mal nous guettent toujours. Les joueurs peuvent changer, mais en fin de compte, c'est le même jeu.

La mémoire longue, la sagesse et l'expérience accumulées pendant plus d'un siècle de luttes incessantes, constitue la somme de centaines de milliers de victoires, de défaites et de défis. C'est cette mémoire qu'il faut secouer.

Nous avons conservé dans nos cœurs ces histoires et ces moments, ces longues vies passées de simples combattant·es et de brillant·es penseur·ses, d'ardent·es orateurs·trice et d'organisateur·trices acharné·es. Lorsque nous sortons nos cahiers de chansons sur le piquet de grève ou que nous payons notre cotisation mensuelle, nous poursuivons la même lutte, nous brandissons à nouveau la même bannière rouge et nous la portons un peu plus loin vers « cette communauté de labeur à venir« . Nous rejoignons la chaîne ininterrompue des guerrier·es de notre classe qui s'étend à travers les générations. Nous cherchons à transmettre leurs connaissances et leurs pensées, à comprendre comment iels ont pris leurs décisions, dans l'espoir que ces idées nous guideront vers la lumière d'un jour nouveau, dans un monde nouveau de paix et de prospérité, de joie et de partage.

9. Contribuez à la tâche

William D. Haywood[4] avait l'habitude de finir ses lettres en invitant son ou sa correspondante à « contribuez à la tâche » « . Cette formule de clôture en dit long sur sa manière de considérer l’activité syndicale à une époque où l’IWW connaissait une période agitée.

Contribuer à la tâche. Aujourd’hui comme hier, nous nous rassemblons pour accomplir une tâche, pour nous-mêmes et pour les autres, pour notre classe et pour les générations à venir. Cette tâche, énoncée simplement dans notre préambule, est l'abolition salariat. Construire une nouvelle société dans la coquille de l'ancienne. Mettre fin, une fois pour toutes, à la tyrannie de l'argent, des patrons sur les travailleur·ses.

La tâche est immense. Trop grande pour un seul héros ou une héroïne, même accompagné·e de quelques braves compagnon·nes. Contribuez à la tâche, c'est un grand travail qui prendra le temps qu'il faudra, quelles que soient le nombre de combats, le nombre d'heures de militantisme et de réflexion. Quel que soit le nombre de tâches accomplies, petites ou grandes. Quel que soit le nombre de réunions et de discussions, d'heures de voyage ou de formulaires d’affiliation imprimés, postés et comptés, le travail n'est pas terminé.

Contribuer à la tâche, ce n’est souvent pas très prestigieux. La plupart du temps, il s'agit d'un travail chronophage et laborieux. Un travail difficile mais allégé par de nombreuses mains, des heures partagées et de petits pas. Parfois, il s'agit simplement de tenir bon face aux revers. Parfois, ce n'est même pas ça. Il y a des sauts et des bonds.

Cette tâche peut se résumer en trois mots : Formation, Organisation, Emancipation. C'est la signification des trois étoiles du logo de l'Industrial Workers of the World. La formation, à la fois pour soi et pour les autres travailleur·ses. L'organisation, pour soi et pour les autres travailleur·ses. L'émancipation, pour soi et pour les autres travailleur·ses – dans la lutte, au travail et pour l’humanité entière. Rejoignez-nous ! Contribuez à la tâche !  Il est urgent !

10. L’IWW Bruxelles

La Section bruxelloise de l’IWW rassemble localement des travailleur·ses issu·es de différentes secteurs de travail. L’activité de l’IWW bruxelles dépend de ses membres et les décisions sont prises démocratiquement.

L’IWW Bruxelles propose une alternative syndicale, démocratique et combative, qui a plusieurs axes de travail:

  • Transmettre une pratique et une méthode d’organisation via une formation régulière ;
  • Développer des Comités d’entreprises et les fédérer ;
  • Accompagner des travailleurs·ses qui désirent s’organiser sur leur lieu de travail ;
  • Soutenir et lutter avec des travailleur·ses isolé·es ;
  • Production et traduction d’articles sur la pratique syndicale.

L’IWW Bruxelles est en construction et a pour objectifs de se développer partout en Belgique.

 


[1] Surnom donné aux membres de l’IWW en anglais.

[2] « Wob is a verb », https://industrialworker.org/wob-is-a-verb-growing-participation-in-branch-development

[3] Bruce Duncan « Utah » Phillips est un chanteur, auteur-compositeur-interprète et guitariste folk étatsuniens. Pacifiste et anarchiste, il a été très engagé dans la défense des Industrial Workers of the World dont il était membre.

[4] William Dudley Haywood (4 février 1869-18 mai 1928), alias « Big Bill, était une figure centrale du mouvement ouvrier étatsunien et fondateur des Industrial Workers of the World,