Comment le syndicalisme de solidarité contribue à la mission historique de l’IWW

Par Lexi Owens, IU620, IWW Seattle, industrialworker.org

L'IWW se distingue des autres syndicats par deux principes : 1) la revendication de l'abolition du salariat et son remplacement par la démocratie économique, 2) le « syndicalisme de solidarité », principe d'organisation démocratique et militante qui guide les sections florissantes. Bien que les IWW aient contribué à élaborer le concept de syndicalisme de solidarité et que ce que nous pratiquons aujourd'hui ressemble à l'usage initial du terme, nous avons adopté et fait évoluer ce syndicalisme de solidarité au cours des deux dernières décennies. Le concept a pris une nouvelle signification dans le cadre de nos stratégies syndicales actuelles et de notre programme de formation des organisateur·ices.

L'avocat et militant syndical Staughton Lynd a inventé le terme « syndicalisme de solidarité » en 1990. Selon lui, le syndicalisme de solidarité est essentiel pour reconstruire le mouvement syndical « par le bas » – démocratiquement, en opposition aux syndicats corporatistes non démocratiques et à la concentration autoritaire et dévastatrice des richesses détenues par les capitalistes. Il définit le syndicalisme de solidarité comme l'organisation de la base qui utilise l'action collective pour gagner des revendications et évite les stratégies légalistes telles que la concertation sociale, l’obligation de paix sociale, ainsi que le recours à des permanent·es professionnel·les. Il a développé le concept de syndicalisme de solidarité à la suite des actions du Workers' Solidarity Club de Youngstown, dans l'Ohio, qui a contribué à l'organisation des travailleur·euses de base, des chômeur·euses et des retraité·es afin qu'iels puissent formuler des revendications parallèlement aux syndicats existants dans la communauté de Youngstown. Le Club de solidarité des travailleur·euses a donné aux organisateur·ices la possibilité de contourner la procédure syndicale habituelle de règlement des conflits de travail, tout en renforçant les moyens d'action des travailleur·euses les plus touché·es par les abus de leurs employeurs.

Aujourd'hui, le syndicalisme de solidarité fait référence au fondement de notre organisation : les travailleur·euses décident démocratiquement des actions à mener contre l'employeur afin de gagner des revendications sans ingérence de la part des bureaucrates syndicaux ou du gouvernement. Le syndicalisme de solidarité donne du pouvoir aux travailleur·eusess en les aidant à organiser le syndicat le plus adapté à leur propre lieu de travail, tout en empêchant les approches descendantes et dirigées par les permanent·es syndicaux. Cette approche favorise, préserve et renforce le militantisme syndical par le biais de l'action collective.

L'ancienne secrétaire générale-trésorier Alexis Buss a appliqué le « syndicalisme de solidarité » aux idéaux anticapitalistes de l'IWW. En 2002, Buss a remis en question l'approche alors dominante du « syndicalisme minoritaire », selon laquelle un petit groupe de Wobblies[1] menait des actions directes et tentait de faire aboutir des revendications, mais sans avoir pour objectif de remporter une élection professionnelle ou d'obtenir le soutien de la majorité des travailleur·euses. Des aspects clés du syndicalisme de solidarité étaient déjà présents, mais Buss a commencé à chercher un terme qui pourrait résumer le cœur du syndicalisme minoritaire tout en dépassant ses limites. Selon elle, « la solution ne consiste pas à se contenter d'une poignée d'agitateur·ices minoritaires sur chaque lieu de travail. Il s'agit de former des réseaux de solidarité significatifs et organisés, capables de gagner des améliorations [des conditions de travail] ». Des revendications aussi radicales nécessiteraient le soutien de la majorité dans les entreprises, les secteurs industriels et au sein de l'ensemble de l'économie.

Buss a également joué un rôle central dans l'élaboration du Programme de formation des organisateur·ices (OT 101 et 102). Marianne Garneau a ainsi écrit une histoire de ce programme de formation, en déclarant : « le programme de formation a été lancé à la fin des années 1990 et au début des années 2000, à l'occasion d'un énième moment où l'on s'est mis à prendre les choses au sérieux et où des campagnes voyaient le jour un peu partout ; la formation était une tentative de fournir les meilleures pratiques à des campagnes improvisées, qui connaissaient des hauts et des bas ». Les manuels de formation antérieurs aux OT101/102 étaient un condensé de tactiques d'action directe, de conseils d'organisation d'autres syndicats et de stratégies syndicales légalistes. Mais les Wobblies avaient du mal à greffer la vision de l'IWW aux tactiques perdantes des syndicats traditionnels, et de nombreuses campagnes de l'IWW peinaient à remporter des élections et à maintenir une présence stable dans les entreprises. En réponse, Buss a mis sur pied le premier OT101 en 2002. Le programme a depuis évolué et, avec lui, le concept de syndicalisme de solidarité au sein de l'IWW s'est consolidé.

Le Programme de formation des organisateur·ices (PFO) s'adapte en tirant les leçons de ses succès et de ses erreurs, en révisant régulièrement le programme et en s'appuyant sur la participation démocratique et le suivi des formateur·icess et des participant·es. Le PFO propose désormais un contenu radical et démocratique qui met en pratique le « syndicalisme de solidarité ». Lorsque nous conceptualisons le syndicalisme de solidarité, nous ne parlons plus d'une structure de pouvoir construite parallèlement aux règles garantissant une reconnaissance légale aux syndicats, ni parallèlement aux procédures qui déterminent la concertation sociale. Nous pratiquons plutôt le syndicalisme de solidarité comme un moyen d'obtenir le soutien de la majorité (et de manière permanente) dans une entreprise, car il est possible de mener des actions collectives percutantes et de gagner des revendications plus importantes lorsqu'une majorité de travailleur·euses est organisée pour agir ensemble. Le syndicalisme de solidarité exige de nous, en tant qu'organisateur·ices, que nous impliquions autant de travailleur·euses que possible dans le syndicat, en garantissant une prise de décision démocratique concernant les revendications et les actions, ainsi qu'une solidarité de la classe qui touche tous·tes les travailleur·euses sur un lieu de travail (et, à terme, dans un secteur d'activité).


[1] Surnom donné aux membres de l’IWW